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Le fabuleux voyage de David Sire

Raconter de belles histoires, telle pourrait être notre vocation...
Il est question ici d'un saltimbanque nommé David Sire et d'un voyage : Paris Sète à bicyclette — 3 semaines de pédalage et de carriole — et des spectacles à chaque étape. Un grand bol d'aventures !

DAVID SIRE EN ROUE LIBRE

David Sire ? Connaît pas. Drôle de Sire ? Connaît pas. Dommage... non pas de ne pas connaître mais de ne pas avoir encore écouté ces morceaux de bravoure et de talent. 10 ans de chansons quand même.

Les projets sont affaire de décision et, par un beau matin, notre homme décide de descendre vers la mer à bicyclette (1100 km ce n'est pas rien !). Là-haut, on tourne en rond, tout le monde se prend au sérieux, lui y compris... Bref la liberté, ça donne des ailes, accessoirement des mollets en acier. Pis les projets, ça rend heureux. Va savoir pourquoi, c'est ainsi... c'est idiot, un peu comme Forrest Gump.

David SireLe voyage s'organise, un vélo, une carriole et plein de concerts en route. Radios, blogs, télés, portraits FR3, le succès sera au rendez-vous. Extraits du blog :

Départ : "Sortir de Paris oblige à serrer les fesses, c’est incontestable. Mon attelage ne passe pas vraiment inaperçu, les regards glissent, s’arrêtent, sourient, passent, rebondissent, c’est selon. Première côte dans Sucy en Brie, le compteur chute, j’irais aussi vite à pied, mais persiste."

Arrivée : On a marché sur la mer. Après une avant dernière étape piscénoise où furent salué Molière et Boby Lapointe, c’est avec un peu d’émotion qu’on a pris la route de Sète une bonne fois pour toute. Au départ, un dernier collègue de pédalage, Olivier, quelques cerises offertes par une maman coquelicot, Jacky Lapointe et sa si belle veste rose, et enfin Alain, mon éclusier-photographe (on remarquera d’ailleurs que c’est un peu le même métier, l’obturation changeant juste de taille et de matière). A 11 H, à Marseillan, sur le port, on croque quelques huitres.

NOTRE INTERVIEW

Les Enchanteurs music a suivi avec passion cette glissade à roulette de David Sire et a pu recueillir au travers d'une belle et vraie mail-interview (question / réponse par mail) les sentiments de ce saltimbanque hors du commun.

LE-music : Sète n'est pas sans nous rappeler Brassens. Que représente-t-il pour toi ?

David Sire : Brassens : bonhommie, ma porte d'entrée dans la chanson (à 14 ans, j'ai entendu "ne jetez pas la pierre à la femme adultère je suis derrière" et je me souviens avoir pensé, "mais c'est génial ça..."). Bref, la simplicité, la bienveillance, l'humanité et la vie qu'il y a dans ses chansons /poèmes, m'irriguent. Comme lui, les trompettes de la renommée ne m'intéressent pas ni ne me parlent, une tournée comme celle ci, par les talus et les petits sentiers, le dit d'elle même je
pense Brassens, c'est un bout de père pour moi

Et l'autre bout, il se trouve où ?

L'autre bout est multiple. Y'a d'abord l'originel, le paternel donc. Un homme des plantes, des fleurs et des arbres, paysagiste. Avec lui j'ai appris les premières chansons-comptines-ritournelles : buvons un coup ma serpette est perdue mais le manche est revenu, qui décliné, donne; bavazakamasarpatapardamalamacharavana ou bien bivizikimisirpitipirdimilimichirivini, on peut continuer longtemps, mais déjà, sans le savoir, il me passait le goût de jouer avec les mots qui chantent. Les autres bouts, je ne saurai en donner une liste exhaustive. Laissons les là revenir à la surface dans le désordre : Prévert, Réda, un curé rabelaisien, du coup Rabelais, Vian, Brassens. Bref, les bonhommes bonhommes, ce sont eux qui me parlent et me transmettent

David SireQu'est-ce qui est le plus dur à ton avis : cycliste ou chanteur ?

Ni l'un ni l'autre ! Le plus dur c'est de tâcher de vivre et travailler en homme libre. Dur n'est d'ailleurs pas le mot approprié, disons plutôt exigent, escarpé comme certaines côtes et cols que j'ai franchi. Cycliste le jour et le soir pédaler sur scène, finalement ça se réunit en un seul mot : troubadour. Oui, j'ai découvert un métier par ce voyage. Avant j'étais chanteur, conteur, clown,
poète, un peu de tout, c'est ça ma pâte aussi je crois, j'aime les alchimies et l'absence de frontières ; et donc aujourd'hui, je suis devenu troubadour, et je plonge avec une grande joie dans cette tradition des saltimbanques. Alors, sans soute, ce ne sera pas facile de le rester tous les jours, troubadour, mais ce zigzag vélocypédique de trois semaines me laisse un tel parfum, qu'il n'est pas
près de s'estomper.

Tu parles de liberté ; c'est effectivement un mot interdit aujourd'hui... Mais t'es-tu déjà senti enfermé ?

Enfermé ? Oh oui... surtout du côté de la tête, cette tête qui ne se bouche pas. Quand ça tourne en boucle et en rond. Mais à chaque fois en sont sortis de grands vents. Le dernier en date a été cet "appel" à partir faire une tournée à bicyclette, à un moment de ma vie et de  mon travail où précisément, l'enfermement assaillait le moussaillon.  Enfermé, clos, circonscrit, je n'aime pas, mais ça revient, c'est  revenu, ça reviendra. Même si le goût de l'horizon permet, petit à petit, de devenir un peu plus grand que la fois d'avant. Avant, petit, on voulait faire géant, finalement on fait ça : juste un peu plus grand. L'accepter, c'est sans doute ouvrir au vent de la liberté. Le refuser en courant la chimère, le contraire.

Et ta prochaine liberté va consister en quoi ?

La prochaine liberté : Strasbourg-Ouessant en Cerf-volant, au printemps prochain, je fais déjà plus qu'y penser !

David SireOu en ULM... Comment juges-tu les chanteurs et les musiciens aujourd'hui. Portent-ils ce
vent de liberté ? S'affranchissent-ils du packaging ?

Quelques fleurs et beaucoup de béton... Comme tout milieu travaillé par l'ambition, celui de la musique fonctionne vite comme un petit microcosme. Un microcosme, ça perd vite l'horizon du sens, ça fonctionne pour soi et pour ceux qui le regardent, l'adulent ou le critiquent. Ca n'ondule plus, précisément, plus de vent. Ce manque d'air m'a donné envie de travailler autrement, d'une façon beaucoup plus personnelle, d'une certaine manière comme un ours ou un sauvage, c'est à dire, hors du milieu, au moins à ses marges. Marginal, c'est parfois aussi une question de survie. Quand au "packaging", ce royaume de l'identification, ce délire de la définition, c'est bien simple : je ne veux pas être une boîte, je préfère garder ces terrains vagues où je reste anonyme. Un homme libre, en équilibre. Quant aux autres et sans me défausser, la liberté est l'affaire de chacun, une chose trop fragile et subtile pour se permettre d'en juger ou préjuger ; un chemin d'humain, c'est long et pas droit. Quelques artistes me touchent profondément, mais je les trouve souvent ailleurs que dans la chanson chansonnante : dans le cirque, dans le clown (Howard Butten), dans la danse. Le corps m'évoque davantage de liberté que nombre d'élucubrations. D'ailleurs stop !

Arrêtons-là, tu as raison. La critique est hélas un sport national bien plus populaire que la chanson ou le football... Sinon, un question me taraude sur ce voyage : le côté écologique était-il une motivation pour le faire ?

Ecologique oui. Encore plus après avoir traversé près de 1100 kilomètres de petites routes au moment où explosait le printemps. Encore plus après avoir tristement fait l'inventaire de tout ce qui
en jonche les bordures, notamment aux abords des villes, y'aurait là une liste bien saugrenue à épeler... D'autant que beaucoup d'hommes et de femmes sont spontanément venues me partager leur souci du développement durable, d'énergies renouvelables après les concerts. Sans le vouloir initialement, cette tournée s'est vêtue d'écologie, et le vélopoète est devenu un animal politique!

Tu serais d'accord pour compenser en carbone chacun de tes concerts ?

Compenser en carbone ? Carburer en bonnes pensées.

Ok, le sujet est clos. Bon, pour finir, que faut-il retenir de ce voyage ?

A retenir de ce voyage : le jaune dans lequel il a baigné, de l'affiche de Magali le Huche aux boutons d'or, en passant par le colza, les pissenlits, les genêts.
Le temps dont on peut encore, et malgré tout, choisir la durée.
Les différentes variétés de bitume.
"Donner un petit coup de cul" et autres délicieuses expressions cyclistes glanées auprès de collègues d'un moment.
Voyager le jour et faire voyager le soir.
L'invention de mon bidule et ma première chanson pour voix et pompe à vélo.
Le bonheur d'être troubadour.

On te retrouve quand sur scène ?

Prochaines scènes : Albi début juillet, au Limonaire (boîte à troubadours et saltimbanques) dès que possible, dans la rue peut-être demain.


>> Le Myspace de David Sire : www.myspace.com/davidsire
>> Le Blog David Sire en roue libre : paris-sete.davidsire.com


Dominique Prévost - mai 2008

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